Thème : Démocratie
Mots-clés : Intikhabete. Surface. Paris. Fraude. Elections présidentielles. Branche. France.
Qui suis-je ?

Thème : Démocratie
Mots-clés : Intikhabete. Surface. Paris. Fraude. Elections présidentielles. Branche. France.
Qui suis-je ?
Dans le contexte du vote mardi prochain sur la proposition de loi relative à la fin de vie en France le mardi 30 juin, le sujet de savoir si en France, pays où je vis à présent, l’accès au droit de mourir dans la dignité me paraît être très important pour l’avenir de ce pays (et pour le mien aussi).
Pour rappel, en 2005, la loi Léonetti a encadré le non-acharnement thérapeutique, ce qui a permis aux personnes malades de faire part en amont de leurs souhaits, dans le cas où elles ne seraient plus en capacité de décider de leur plein gré. En 2016, la loi Clayes Leonetti est venue quant à elle renforcer l’assistance à mourir pour les cas en phase terminale par exemple, sans aborder la question de l’euthanasie ou du suicide assisté.
Pour ma part, en tant que non croyante et parce que je considère que nous ne sommes que responsabilité, le droit de choisir l’heure, le jour et l’année de sa mort, en recourant à un cadre légal clair relève d’un droit humain qui mérite d’être protégé. L’affirmation du « droit de » au lieu d’un « droit à » comme posée par un sénateur en mai dernier, me semble peu pertinente car le droit de mourir suppose justement de sortir d’une approche du droit comme garantie du fonctionnement libéral d’une démocratie.
À ce stade, le seul véritable argument contre le droit de décider de sa propre mort est lié aux probabilités d’une mort donnée par préméditation pour des raisons autres que celles qui dépendent du seul choix personnel… dans ce cas, le recours à des histoires vraies, au sens de choix commis devraient aider à relever le débat au plus haut niveau intellectuel.
Ceci étant dit, le rapport de la Convention citoyenne sur la fin de vie publié en 2023 souligne bien l’importance de prendre en compte le modèle sociétal français, tel qu’il est envisagé par les citoyens. Ainsi, page 45, il est écrit :
« Légaliser l’aide active à mourir remet en question la primauté accordée à la vie. La société, la médecine et l’hôpital ont pour vocation de protéger la vie. Pour nous, laisser la liberté de choix de sa mort à chacun s’oppose à l’idée de fraternité et à la nécessaire aide à autrui. La demande d’aide active à mourir ne correspond pas toujours à la volonté intime du patient : dans ce cas, la question du libre arbitre reste problématique. Il existe un réel danger derrière la revendication absolue de la liberté qui est encadrée par les choix de société. L’accumulation des volontés individuelles avec des projets singuliers ne fait pas société.
Pourrons-nous encore former un corps social ou serons-nous une mosaïque d’individus vivant côte à côte ? L’aide active à mourir s’inscrit dans un projet de société auquel nous n’adhérons pas. En outre, avec l’aide active à mourir, il pourrait y avoir chez certaines personnes un sentiment accru d’indignité et d’être un poids pour leurs proches ou pour la société. La légalisation de l’aide active à mourir adresse, selon nous, un mauvais signal aux patients et à la société. En mettant fin à la mission unique de l’hôpital, nous risquons de banaliser la question de l’aide active à mourir. Une loi qui autoriserait celle-ci obligera chaque famille et chaque patient à l’envisager. Nous ne sommes pas une société de la toute-puissance : il faut soulager la souffrance au maximum et sans obstination déraisonnable mais sans mettre en œuvre l’aide active à mourir.
La légalisation de l’aide active à mourir pourrait : • Entraîner une démultiplication des conflits d’intérêt en faisant primer l’économique, • Affecter l’effort de recherche et développement sur la fin de vie et les douleurs réfractaires. Les conséquences psychiques de l’aide active à mourir sur les familles et les soignants peuvent être importantes. La fatalité est parfois plus acceptable qu’un choix. Légaliser l’euthanasie ne résoudrait pas nécessairement les risques d’aggravation des conflits en justice et entrainerait notamment des désaccords au sein des familles ou contre les médecins. Légaliser l’aide active à mourir sans condition rendrait plus compliquées les politiques de lutte contre le suicide. »
Ce chapitre qui me semble être le plus important est à méditer pour les années à venir, quelque soit le résultat du vote de mardi…
Alors que les élections législatives approchent en Algérie, je partage cette poésie écrite en 2017 pour faire réfléchir…
Ballade à Alger
Rue Didouche Mourad
J’ai vu une jeune femme portant une courte robe et des ballerines
Une autre dont le voile vert parsemé d’étoiles reflétait les tons du ciel
Et puis encore une autre, voilée portant jean et talons aiguilles
J’ai vu un homme, sa longue barbe noire et une djellaba blanche
Un autre avec un jean serré et une petite étiquette rouge sur la poche arrière
Et puis encore un autre, pavanant dans son uniforme militaire à 19 ou 20 ans
Vers la place Audin
J’ai vu le Nous des jeunes s’exprimer plusieurs fois
Sifflant les filles qui passent
J’ai vu le receveur acrobate
S’étirant sur trois mètres pour faire payer les passagers
J’ai vu une femme noire comme moi, puis une autre, puis encore plusieurs autres
J’ai vu l’homo-œconomicus dans un magasin de chocolat
oublier que le prix d’une tablette, c’est presque 3% du salaire minimum
A la Grande poste
J’ai vu un homme accroupi face à terre au milieu d’une place publique
Priant le soleil, le ciel, les oiseaux et sa mère aussi, probablement
J’ai vu quatre hommes et une femme appeler à voter pour le numéro 52 de la liste d’un parti inconnu
Nous rappelant que des élections auraient certainement lieu bientôt
J’ai vu un marchand de livres ranger ses étales
Cherchant désespérément du regard, un potentiel acheteur de dernière minute
J’ai vu un vendeur ambulant
Refusant d’obéir aux ordres d’éradication d’un gouvernement aux solutions superficielles
Son nom ? Mohamed Bouazizi ou Mohcine Fikri
Je ne sais plus…
Et dans ses yeux, la Lueur.
Sur la rue Larbi Ben M ‘hidi
J’ai vu des hommes rire autour d’un café
Ou étaient-ce des policiers ?
J’ai vu un commerçant expliquer à un jeune comment obtenir plus de crédit téléphonique
Attirant l’attention de tous les autres enchantés à la perspective de parler plus, même si c’est pour ne rien dire
Au Square Port Saïd
J’ai vu des hommes, beaucoup d’hommes, brandir leurs dinars, leurs dollars, leurs euros en ma direction
Me signifiant qu’aujourd’hui en Algérie, tout a un prix.
J’ai vu les clients du café de l’Indépendance surpris de voir une femme passer leur chemin
Boulevard Che Guevara
Là, devant l’infini méditerranéen,
Je me suis vue
Émue,
J’aurais voulu crier :
À l’Algérie en mouvement
Celle des certitudes
Celle de l’approximatif
À toi algérienne
À toi algérien
Ces mots ne sont rien
Qu’un pansement sur tes silences
M’écoutes-tu?
Ecoute-moi!
Nous nous perdons encore
Mais un jour prochain
Nous nous retrouverons
Nous nous trouverons
Et alors,
alors,
Révolution.
La France vit actuellement un des grands moments de son histoire avec l’arrivée potentielle de l’extrême droite au pouvoir. Pour suivre, il faut avoir en tête que ce n’est pas tant le sentiment de ne plus faire socle commun qui est à remettre en cause, mais bien le fait que la gauche a du mal à convaincre et à rassembler. Je veux dire qu’à voir parler en interview Marine Lepen et Jordan Bardella, il ne fait pas grand doute que parler aux Français n’est pas un art qu’ils maîtrisent au vu du passif historique que ne peuvent ignorer ces derniers. Il est d’ores et déjà possible d’annoncer que les promesses ne pourront être tenues qu’à coup d’érosion démocratique.
La gauche dans ce contexte pose toujours le même problème : qui sera en mesure de la réunir et en est-elle seulement capable ? Ici, je pense aux femmes qui ont souvent des rôles déterminants et qui peuvent parfois mener à bout portant de très grands combats politiques, quand elles sont au niveau intellectuel qui le permet. Dieu sait que Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Marine Tondelier, Manon Aubry et Clémence Guetté peuvent porter haut l’idée d’un potentiel rassemblement haut en couleurs. Cependant, il ne faut pas oublier qui est en face, à savoir une extrême droite qui a pris pour cible les musulmans, pour cacher sous une couche visqueuse leur haine des algériens et des algériennes, ciblés de manière systémique.
Dans ce contexte, je m’interroge sur la faisabilité d’une telle union. Rien n’est moins sur pour le moment puisque les campagnes des candidats commencent à peine. Rappelons quand même que le taux d’abstention lors de la dernière présidentielle était autour des 30%.
C’est donc la mobilisation des citoyens et citoyennes qui nous dira en quoi ils et elles croient ou ne croient pas, en espérant qu’ils se souviennent que le langage des politiques ne peut être que replacé dans son contexte, celui d’un pays en voie de disparition…
Il y a deux jours, un tournant majeur a eu lieu : l’armée israélienne a repris le château de Beaufort, 26 ans après s’en être retiré. La symbolique de ce lieu devrait en choquer plus d’un. Comme le précise cet article du Monde, cet endroit a été historiquement un lieu portant le souvenir des croisades qui pour rappel ont eu lieu à partir du 11ème siècle.
Est-ce à dire que nous sommes de retour à un temps que nous pensions révolu et comment comprendre la levée du drapeau israélien après son retrait en 2000 ? Pour ma part, j’y vois un signal alarmant ; celui de l’annonce d’un potentiel changement de paradigme quant à la prise en compte de la question religieuse dans les affaires publiques. De deux choses l’une, soit Israël vient d’annoncer au monde, dans un contexte de tensions avec les Etats-Unis que l’histoire du christianisme ne doit pas être oubliée. Ou alors, l’Occident n’a toujours aucun autre but autre que d’affirmer la supériorité de ses valeurs libérales, que seule porte haut les couleurs de la démocratie.
Le prix à payer reste donc à déterminer et de vieilles angoisses ne peuvent que ressurgir. De nature paranoïaque, j’ai toujours pensé que la Shoah n’avait rien d’un passé révolu. Par ailleurs, le projet du grand Israël porté par le Premier ministre israélien et sa coalition au pouvoir ne peut que se voir renforcer au vu de la domination militaire et stratégique de ce pays sur la région. Enfin, l’idéal porté par ceux qui font de l’Islam l’autre voie à suivre donne l’impression que la guerre ne peut être que la continuation de la paix par d’autres moyens.
Ainsi, mieux vaut s’attendre au pire. Retourner dans la caverne quand on pensait en être sortie est la question qui à mon avis, nous est posée. A voir si quelqu’un s’intéresse encore vraiment à y répondre s’agissant des citoyens du monde…
Said Sayoud, ministre de l’Interieur algérien devrait arriver dans les heures qui viennent à Paris pour une visite en France, la première du genre. Il est attendu qu’il aborde des sujets qui devraient permettre de resserrer les liens entre la France et l’Algérie, alors que la situation des droits humains dans ce pays demeure particulièrement inquiétante avec notamment l’emprisonnement de Christophe Gleizes, retenu dans une prison dans l’est du pays et condamné sur la base d’un procès inéquitable.
Dernièrement, l’actualité a été marquée en Algérie par un revirement inattendu du ministre des Affaires Étrangères sur la question du Sahara Occidental. Geste certainement suiciDaire pour certains, la question du Sahara Occidental n’aurait jamais du prendre autant de place dans la brouille entre l’Algérie et la France, d’autant plus qu’au vu de la situation actuelle, le Maroc est très en avance sur le plan diplomatique. Les pressions américaines ont donc permis de voir un changement de position plus que salutaire de la part de l’Algérie, même si la réalité demeure plus complexe. Cette nouvelle prise de position devrait permettre de croire au moins, à une possibilité de poser un autre regard sur cette question très sensible.
Autre point qui me paraît important : la tenue des dernières élections municipales en France et les échanges fructueux qui pourraient se faire autour du rôle que doit avoir le Ministère de l’Interieur quand une élection est encadrée de manière démocratique. Aborder ce type de sujets permettrait de réfléchir par delà les questions déjà prévues à l’agenda, notamment celle des obligations de quitter le territoire.
Avant-hier, le 18 mai ; calendrier particulièrement chargé en Algérie. En effet, outre la visite de Gérald Darmanin, ministre de la Justice venu discuter coopération judiciaire avant la potentielle visite de Said Siyoud à l’invitation de son homologue Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, une autre nouvelle a occupé l’actualité politique algérienne : la fin du délai de récolte des parrainages et le dépôt des dossiers de candidatures pour les prochaines élections législatives qui se dérouleront en pleine été, le 2 juillet.
À ce sujet, Abdoussi, secrétaire national du RCD a justement souligné dans un communiqué publié le 17 mai, le « manque de couverture médiatique ». Effectivement, il me semble que cette élection devrait intéresser les médias et plus largement les citoyens… plus qu’une autre ; d’une part, parce que le parlement est un « haut » lieu de prise de décision politique, surtout après le Hirak. C’est d’ailleurs ce qui explique peut-être pourquoi l’attention s’est tournée vers cette institution à de nombreuses reprises, ces derniers mois. Les textes législatifs étant régulièrement mis en ligne sur le site de l’APN, de nombreux spécialistes ont pu y avoir accès et les commenter, avant leur adoption et leur publication au journal officiel. Autre raison qui rend cette élection particulière : la présence des profils de nombreux députés sur Facebook. Ces deux éléments rendent la couverture de cette élection encore plus essentielle, afin de mieux en comprendre les enjeux.
Un chercheur académique s’est particulièrement intéressé à ce sujet. En effet, Mohammed Hachemaoui a travaillé sur les élections législatives de 2012 en menant une enquête ethnographique cherchant à déterminer l’influence du tribalisme à Tébessa et du maraboutisme à Adrar pour aboutir à la « prévalence, dans les deux sites, du clientélisme politique et de la corruption électorale ; l’hybridation des quatre répertoires présidant à la fabrique du politique. » (p. 22) Depuis, les choses ont changé principalement du fait de la présence de nombreux candidats dits indépendants, à l’Assemblée. Ils sont aujourd’hui 84 sur 407 sièges.
En tant que citoyenne algérienne, je me suis intéressée ces derniers jours à certains candidats se situant dans l’opposition comme le journaliste Mohamed Iouanoughene, le sociologue Samir Larabi et Smain Lalmas, ancien de la commission de dialogue avec les autorités sur le Hirak. Avant-hier, il a été annoncé que la liste de ASAFU sur laquelle candidatait Samir Larabi n’a pas récolté assez de parrainages, faute de temps. Le RCD a pour sa part publié avant-hier un communiqué où il dénonce des irrégularités de procédures. Une liste a été déposée à Sétif et dans d’autres villes.
Said Saadi dans une interview la première, au média AlternaTV a parlé de la nécessité d’adopter une « stratégie du modeste » en attendant l’ouverture démocratique. Pas très clair mais on comprend que priorité est accordée aux traces écrites qu’il est en train de laisser grâce à ses mémoires et aux archives du parti qu’il appelle à collecter. Je ne les ai pas encore lus, mais je comprends le besoin de laisser une trace écrite quand on est acteur de l’histoire de l’Algérie ; en cela, les projets et propositions de lois et autres documents officiels écrits ou adoptés par les législateurs depuis 2021 ont un caractère public, qui donne toute son importance au déroulé de l’élection législative.
Alors que la validation des candidatures par l’ANIE est en cours, la campagne est elle censée commencer début juin (autour du 9) et se terminer fin juin (autour du 27), il n y a que très peu de garanties par rapport à la présence d’observateurs de la société civile, nationale et internationale notamment. Par ailleurs, autre signe d’inquiétude, cette déclaration du Président Abdelmadjid Tebboune qui lors de sa dernière rencontre avec les médias a dit : « fixer un quota pour les élections, ce n’est pas bon pour la femme elle-même ». La loi sur les partis politiques prévoit d’ailleurs de fixer une « proportion représentative de femmes et de jeunes », ces deniers étant priorisés pour ne pas heurter les « valeurs » patriarcales, selon toute vraisemblance.
Enfin, la configuration actuelle de l’assemblée a de quoi inquiéter, en cas de reconduction ou de renforcement des principaux partis politiques notamment les partis politiques de l’administration, à savoir le FLN (98) et le RND (58). Les partis El Mousstakbel et El Bina ont quant à eux actuellement 48 et 39 sièges. Le MSP qui s’est situé dans l’opposition dispose de 65 sièges. Le consensus ne pouvant se faire dans ce type de configuration qu’autour de sujets qui n’apporteront certainement pas à l’Algérie ce dont elle a le plus besoin, à savoir la réinvention d’un modèle démocratique entre partage des pouvoirs, indépendance de la presse et de la société civile et débat public autour de ce qui nous cimente.
Pour ma part, la crainte qui m’habite est liée surtout à ce que j’ai pu observer pendant les deux années que j’ai passées en Algérie : quand les Algériens ne sont pas autorisés à parler de politique et à agir en conséquence dans le cadre d’un État de droit, il ne leur reste plus que l’Islam pour sujet, et la mosquée pour pratique. C’est, j’imagine pour ceux qui pensent détenir les clés d’une problématique vieille comme le monde, une façon de faire prévaloir l’unité à la compétence. J’entends ici la compétence de développer des arguments, celle de convaincre en permettant à tous et toutes de s’exprimer, notamment et surtout les voix critiques ou minoritaires….celles qui croient, comme celles qui ne croient pas.
Lire le livre de Zuboff quand on est dans mon cas un peu particulier de femme algérienne, militante pour la démocratie, professionnelle du secteur de la défense des droits humains, et surtout récemment re-émigrée en Europe après un passage par l’école de la transition démocratique tunisienne, c’est se confronter à un impalpable mystérieux, difficilement supportable tant il peut rajouter à mon sens, au malheur du monde, et à un grand sentiment d’insécurité et de méfiance…
Pour comprendre pourquoi, on peut décrire le capitalisme de surveillance, théorisé par la professeure émérite à la Harvard Business School et professeure associée à la Harvard Law School, à partir de son impact le plus grave, à savoir l’apparition de nouveaux rapports sociaux destructeurs, entre les êtres humains et pour eux car déterminés par un savoir extrait de l’analyse et de l’utilisation de nos comportements, à des fins de domination « totalitarisante ».
Pour faire face à ce cycle de dépossession du surplus comportemental, Zuboff encourage ses lecteurs à toujours se poser les questions suivantes : Que sait un produit intelligent ? À qui le répète-t-il ? Et de manière plus générale : Qui sait ? Qui décide ? Et, qui décide qui décide ?
Participer à éclairer les arguments pouvant permettre de répondre à ces questions est donc l’objectif de ce compte rendu.
À l’origine du capitalisme de surveillance
Quand on pense à ce qui en tant qu’être humain nous détermine, on peut dire qu’il y a d’abord, la famille nucléaire. Puis, entre en ligne de compte, la filiation, la tribu, l’histoire familiale et son positionnement social, religieux, politique …etc. Les rapports sociaux sont en général, organisés autour de ces éléments, qui desservent les plus « faibles » comme les peuples colonisés, les femmes, ou ceux et celles qui pour exercer leur liberté de penser se retrouvent marginalisés, au sein du cercle familial, social ou politique. Les « forts » ont alors bon bon intérêt du coup à éloigner ou à stigmatiser ce qui peut remettre en cause un « ordre établi », confortable bien qu’injuste… La majorité quant à elle, ne voit dans l’expression des minorités qu’un fardeau qu’il vaut mieux participer à mettre de côté, en l’absence de valorisation des intermédiaires sociaux capables de mettre l’intérêt général, au dessus de l’intérêt particulier.
Dans ce contexte et avec l’apparition d’Internet, les comportements sociaux n’ont plus été que le sujet de déterminants s’analysant dans le cadre d’une production du savoir encadré par les sciences humaines, ils sont également devenus l’objet d’une nouvelle forme d’exploitation, dont les racines théoriques se trouvent principalement chez les comportementalistes ou behaviorists du siècle dernier. En effet, des ouvrages comme Walden Two de F.B. Skinner, publié en 1948 (quand Orwell publiait 1984), the Psychology of the Other One (1921) de Max Meyer, ou encore Aux origines du behaviorisme de John B. Watson publié en 1913, ont cherché à faire du comportement humain, la ressource principale du pouvoir instrumentarien, visant au contrôle social par l’étude, l’analyse et l’utilisation d’un surplus comportemental, sans autorisation.
La mise en pratique de ces théories aux États-Unis par les entreprises de type GAFAM, est retracée avec beaucoup de clarté par l’auteure, sans que nous sachions dans quelle mesure comparativement, les puissances des sociétés non-occidentales suivent elles aussi, la même trajectoire – à part pour la Chine, mentionnée brièvement par Zuboff en tant qu’ « État propriétaire » du surplus comportemental de sa population. Ainsi, et alors qu’en 2000, la Federal Trade Commission (en français, la « Commission fédérale du commerce ») publiait un rapport sur les « pratiques justes dans l’espace électronique », le Pentagone annonça deux ans plus tard, le lancement de programmes de recherche sur les nouvelles informations en provenance des données massives.
En conséquence, Google signa en 2003, un contrat d’un peu plus de deux millions de dollars pour équiper la National Security Agency (NSA, en français « Agence de sécurité nationale ») avec son application de recherche, afin d’explorer 15 millions de documents en 24 langues. L’année 2008 marqua quant à elle, un tournant pour l’utilisation du savoir prédictif issu du surplus comportemental puisque les réactions aux événements durant la campagne présidentielle américaine, participèrent à la victoire de Barack Obama. C’est également pendant cette année que le système d’exploitation d’Android rejoint, avec l’installation de la licence Search de Google, la chaîne d’approvisionnement en données.
Plus tard, vers 2015, l’architecture de l’extraction se renforça avec le système d’exploitation d’Apple, la collecte et l’expropriation de données récoltées par les cookies nécessaire au bon fonctionnement des sites internet, et les services push dématérialisés. S’ajoute à cela, à partir de 2018 environ, l’accumulation de données pour la reconnaissance faciale des utilisateurs sur Facebook par exemple, avec comme objectif affirmé « des possibilités de marketing infinies »… jusqu’à ce qu’une application nommée Geofeedia, citée par Zuboff, se spécialise dans le traçage de militants et de manifestants en fournissant des « scores de dangerosité. »
L’apparition progressive d’un nouvel ordre social
À partir de ces éléments et partant d’un résultat essentiel pour tout capitaliste, à savoir une logique d’accumulation réussie, la phase qui suivit celle de la dépossession est celle qui vit apparaître un nouvel ordre social, impliquant la fin de la « deuxième modernité », celle caractérisée par une industrialisation devenue accessible aux masses.
La « troisième modernité » pour sa part, tout en donnant l’impression à l’individu de s’autonomiser par l’accès au monde virtuel, a pour dessein de le cantonner dans une logique capitalistique, dont la régulation est mise à mal du fait de la pratique d’une « politique de la terre brûlée » par les détenteurs et penseurs du capitalisme de surveillance.
Ainsi écrit Zuboff : « Le savoir auquel nous (comprendre ici les citoyens américains) sacrifions notre liberté est conçu pour promouvoir les intérêts commerciaux des capitalistes de surveillance, pas les nôtres. » Et dans ce contexte, qu’il s’agisse de tenter de résister contre le projet Street View de Google, ou contre les conditions d’utilisation des données des maisons intelligentes, connectées par des objets reliés à Internet (comme les lits Sleep Number, par exemple) ou encore contre l’utilisation de la réalité augmentée (avec le lancement en 2016 de la chasse au Pokémon), les droits au respect de la vie privée et à la sécurité sont relégués au second plan face aux impératifs de l’innovation, de la prospérité économique et de la liberté d’expression, comprise en lien avec le droit à la propriété.
La fin du contrôle par la « division du travail social » et le passage vers une société contrôlée par la « division du savoir »
Autre fil rouge de l’ouvrage, l’argumentaire que la philosophe développe autour de la division du savoir issu du surplus comportemental, qui vient remplacer celle de la division du travail social.
La principale raison à cela est que les détenteurs du savoir de nos surplus comportementaux sont en « lecture seule » des contributions des utilisateurs/consommateurs/exploités, quand ils les analysent à partir de l’existence d’un double niveau de lecture ; celui du « premier texte », c’est-à-dire ce qui est visible pour tous, et celui du « deuxième texte », fantôme, implicite et relatif par exemple, à nos émotions.
La concentration de ce savoir implique la « privatisation du savoir et sa division » en dehors de l’État de droit, dans le cadre d’une vision résumée ainsi : « Ne regardez pas en arrière. Temporisez. Piétinez-les, si nécessaire. »
L’aggravation de cette situation naît de l’utilisation progressive des données de masse dans le but de générer une nouvelle forme d’intelligence, dont l’objectif est une évolution du contrôle ubiquitaire, faisant passer notre capacité d’action du mode autonome, au mode hétéronome, c’est-à-dire basé sur la prédiction de nos comportements du fait de l’effet paralysant créée par notre incapacité à agir contre.
Et c’est la mise en route de l’utilisation du deep learning comme outil d’exploration des potentialités offertes aux détenteurs du capital de surveillance, qui a en son sein, la possibilité de porter le coup de grâce à notre humanité. En effet, comme le souligne Zuboff, cet outil fait exister la machine d’une manière inconnue pour nous jusqu’à lors, du fait de son interdépendance avec d’autres machines qui ne font que renforcer le pouvoir instrumentarien, tout en donnant une « liberté » de « savoir » à la machine, sans qu’existe pour autant, une maîtrise réelle et complète des risques encourus.
Ce point sera confirmé des années plus tard en 2023, quelques mois avant le lancement de Chat GPT, quand des centaines de scientifiques et d’experts dans le domaine de l’Intelligence artificielle signeront un communiqué long de quelques phrases seulement, pour dire que le risque d’extinction que fait encourir l’intelligence artificielle devait être traité avec les mêmes moyens que les risques que font encourir à l’humanité, les pandémies et une guerre nucléaire.
Du côté des citoyens, américains et européens – à qui s’adresse l’ouvrage en priorité, c’est à éveiller les consciences au danger de la « ruche automatique » que l’auteure s’est également attelée. En effet, dans ce qu’elle décrit comme le « collectif instrumentarien », Zuboff rappelle que le but des capitalistes de surveillance est « une société médiatisée par ordinateur dans laquelle (sont produits) des schémas sociaux basés sur l’imitation, manipulée pour une plus grande convergence », avec pour corollaire l’« efficacité sociale », telle qu’envisagée par des penseurs modernes comme Alex Pentland, dans la droite lignée de la pensée d’un F.B. Skinner qui souhaitait voir la prise de décision politique se faire sur la base de calculs mathématiques, visant à perfectionner « la prédiction et le contrôle des individus. »
Dans ce contexte, pour faire place à une « intelligence collective », envisagée à partir de l’idée d’une « ruche automatique » reconnaissable, l’individualité et la rationalité individuelle doivent s’effacer, au profit d’une convergence des comportements, dans des essaims faits d’accidents statistiques contrôlés… Comme preuve de cette affirmation, Zuboff dans son chapitre « une utopie de la certitude » citera Mark Zuckerberg et son idée du besoin de la « certitude de ne pas être seul » avec pour objectif fixé à META de répondre aux « besoins émotionnels, personnels et spirituels. » Elle citera aussi Larry Page et son besoin de réaliser «la société de loisirs », une idée de Karl Marx, non pas par que règne la dictature du prolétariat mais pour parachever une société « d’abondance » où le travail n’est qu’un souvenir « aberrant »…
Les raisons d’une nécessaire éveil
En conclusion de l’ouvrage, Zuboff résume à partir de son exposé, les principales problématiques que posent le capitalisme de surveillance.
D’abord, elle considère que les détenteurs de ce capital ne devraient pas avoir droit à la liberté, au vu de ce qu’ils savent sur nous. Cela suppose qu’à partir du moment où la liberté n’est pas un devoir, autant qu’un droit, elle perd tout son sens.
Aussi, la spécificité de ce processus d’accumulation par rapport à d’autres formes de capitalisme, est qu’il ne se nourrit pas d’un lien de réciprocité de type producteur/consommateur en lien avec celui de patron/employé. En effet, dans ce qui est qualifié comme une « indifférence radicale » vis-à-vis des utilisateurs, l’accumulation, la dépossession et la restitution des comportements se passent sans que les citoyens ne sachent comment y faire face.
Enfin, Zuboff parle du danger que fait encourir la « corruption » du « premier texte », au profit du « deuxième ». Expliqué simplement, cela signifie qu’à force d’interpréter les comportements à partir de données chiffrées, sans prendre en compte le droit de chacun à se défendre contre ces interprétations, dans le cadre d’un État de droit et d’un espace public où la délibération est priorisée, il ne subsiste qu’une utilisation illégitime, immorale et dangereuse de ce que l’on croit être un exercice de notre liberté.
Pour finir, Zuboff plaide pour un droit au sanctuaire. On ne peut que le comprendre, quand on sait que les travaux de l’auteure sur la question de la surveillance capitalistique ont été détruits lors d’un incendie ayant ravagé sa maison. Pour elle, c’est à la recherche et à la défense d’un espace « où être nous-mêmes » que nous devons nous consacrer, rappelant ce que Erving Goffman, sociologue et représentant de l’École de Chicago a étudié sous l’angle d’un refuge « permettant de se garder des exigences performatives de la vie sociale », en protégeant un langage des « coulisses » et donc, le droit de protéger sa vie privée. Ainsi, dire que nous n’avons rien à cacher est une « vérité psychologique » à ne pas accepter.
Comme le dit l’auteure, aux États-Unis, le droit à la vie privée se retrouve exprimé d’abord dans le 4ème amendement de la Constitution, qui circonscrit la relation entre les individus et l’Etat. Néanmoins, il semble que le seul cadre qui permette une protection réelle des citoyens reste celui du Règlement général sur la protection des données – RGPP de l’Union Européenne, qui permet de contraindre les entreprises à justifier leur traitement des données personnelles, notamment en ce qui concerne le consentement, la transparence et la suppression des données, avec pour conséquences en cas de non-respect de ces règles, de lourdes amendes…
Depuis l’attaque du 25 avril contre la junte militaire malienne, les événements semblent indiquer qu’une nouvelle page est en train de s’écrire pour ce pays, dans un contexte récurrent d’instabilité et d’insécurité, depuis plusieurs années.
Dans ce papier, j’essaierai de défendre un point de vue, déjà partagé ; à savoir que l’interventionnisme quel qu’il soit, a toujours des conséquences graves. Rappeler ce constat somme tout assez simple, me paraissait important.
En 2012, je m’opposais non seulement à l’intervention française au Mali, mais également à l’aide de l’Algérie pour permettre cette opération. Mon inquiétude se résumait au fait que j’étais sûre que seul le peuple paierait de son sang, un choix pareil.
Depuis, beaucoup de choses ont changé. La notion de territoire a du être ré-imaginée au Mali en terme de conquêtes, imposées par différentes parties prenantes aux intérêts divergents. L’intervention de la France quant à elle, n’a pu atteindre les objectifs publics fixés par les dirigeants politiques de l’époque, à part pour le recul de la présence des jihadistes.
Pour ce qui est de l’Algérie, c’est pour satisfaire la gauche française au pouvoir et pour prolonger la main mise de Bouteflika sur le pays, malgré son fameux « Tab djnani » à Sétif, que la demande d’ouverture de l’espace aérien a été satisfaite. Alger pensait peut-être à ce moment là qu’il valait mieux avoir un rôle dans cette histoire que pas de rôle du tout, sans prendre en compte, ni les sensibilités russes sur le sujet, ni le point de vue des organisations politiques Touareg, notamment l’ex-Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), devenu depuis Front de libération de l’Azawad (FLA).
Aujourd’hui, à voir d’une part, le soutien de l’Africa Corps, qui dirige l’intervention des troupes russes de Wagner au Mali, en soutien à la junte militaire au pouvoir depuis 2020 et d’autre part, le revirement opéré depuis le milieu des années 2010 par le mouvement indépendantiste Touareg, au profit d’Al-Qaida, il semble que l’absence de constantes quant à la position de l’Algérie sur le Mali, malgré les accords d’Alger de 2015, soit un retour de bâton, violent, car marginalisant toujours plus ceux et celles qui seraient en mesure de servir de forces de médiation.
À contre sens de cela, l’initiative d’Alger quant à l’accueil de l’Imam Mahmoud Dicko, originaire de la région de Tombouctou, et qui tient à continuer à faire valoir sa capacité de médiation et de mobilisation au Mali, pose problème. En effet, réfugié en Algérie depuis décembre 2024, Mahmoud Dicko est probablement une preuve de plus des raisons de la déception Touareg par rapport à la gestion du dossier malien par Alger, au vu de ce qui peut-être perçu comme un geste opportuniste et une nouvelle manoeuvre de Tebboune et des « responsables » de la « nouvelle Algérie ». Celle-ci consisterait à mettre en valeur la voix d’un conservateur modéré, renforçant certains groupes ou réseaux proches du président de la République alors qu’ils sont moins à même de s’appuyer sur le soutien des réseaux maraboutiques par exemple, à l’aune d’échéances électorales importantes.
Ce qui se joue au Mali actuellement est donc avant tout, une injonction opérée par les Touareg, à travers une alliance pourtant plus ou moins inattendue entre le FLA et le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), à retourner à l’essentiel, à savoir que la capacité de se déployer sur un territoire est un indicateur de la puissance de l’intérêt des combattants Touareg pour ce même territoire. C’est aussi bien évidemment, un rappel quant aux valeurs des hommes et des femmes du ténéré, habités par une vieille histoire que les frontières ne peuvent pas comprendre, faute de reconnaissance de l’impact négatif de ceux qui préfèrent en premier, les solutions intérimaires, sur plus de dix ans, à la recherche de ce qui peut protéger « notre » fragmentation sur le long terme.
Concrètement, il est peu probable que les prises de position actuelles sur le terrain puissent se maintenir longtemps. Ce que cela nous dit, pour en revenir au sujet principal, c’est que dans un contexte géopolitique extrêmement tendu depuis plusieurs années, l’interventionnisme ne produit comme résultat que la rupture des canaux de communication nécessaires pour éviter les morts, l’ignorance et la violence sous toutes ses formes. En cela, les revendications d’indépendance, d’autonomie et de liberté sont d’autant plus compréhensibles.
Dommage cependant, que cette revendication soit concurrencée par une autre, celle de la radicalité religieuse, reflétant ainsi une réaction au sentiment d’abandon de la communauté internationale, autant que peuvent le ressentir d’autres peuples militants pour leur indépendance, face à l’affaiblissement tragique du droit international.
J’ose encore imaginer pourtant, en écoutant la musique de Tinariwen, que le droit à la liberté, que nous sommes nombreux à vouloir redéfinir, redeviendra notre priorité bientôt, car c’est en puisant dans notre humanité que l’on trouvera les ressources nécessaires pour poursuivre nos révolutions sincères.
Hier 25 mars, les deux chambres du Parlement algérien ont voté en faveur des amendements « techniques » de la Constitution. Le vote s’est fait à main levée, à la majorité des trois-quarts. Pas de référendum donc. L’alliance entre les parlementaires algériens et la présidence de la République vient semble-t-il de connaître un dénouement, pour cette phase du moins. Les amendements vont permettre au président de la République d’asseoir son pouvoir de décision, dans les faits, par une reprise en main du calendrier électoral s’agissant des élections locales et par une main mise sur le sort des magistrats. Le prolongement du mandat du président du Sénat servira également à stabiliser les relations avec la présidence. Pour le reste, notamment sur le rôle de l’instance électorale qui voit son rôle de supervision des élections remis en question au profit d’un renforcement de celui du ministère de l’Intérieur, il est difficile pour l’heure de dire à qui profitera cette reconfiguration. S’agissant des députés, il semble n’avoir « lutté » que contre la nécessité d’un diplôme pour atteindre la fonction de président de la République, retiré du texte final (pas encore accessible).
L’avantage que présente cette nouvelle démonstration de l’exercice du pouvoir est qu’elle est à peu près compréhensible et donc, analysable. En effet, depuis quelques mois, l’actualité sur l’Algérie est dominée par ce que j’ai qualifié dans un précédent papier, d’« hyper-activisme » législatif avec des allers-retours entre les deux chambres et l’exécutif – l’armée algérienne et son rôle sur les liens qui se créent au sein du pouvoir civil, étant comme d’habitude, peu décryptable. Il est donc rafraîchissant d’avoir en tant qu’algériens et algériennes, accès à une information qu’il est possible de vérifier par ailleurs, notamment par la lecture des textes de lois sur les sites de l’APN et du Sénat. Dans ce contexte, la voix officielle du système algérien, à savoir l’APS, demeure la preuve du niveau de contrôle de l’information, dans un pays où sont censurés les médias indépendants, avec le risque permanent d’un séjour en prison pour quiconque chercherait à dévoiler des vérités trop bonnes à dire. Je dis ça après avoir vu l’image (ne parlons pas des textes, dignes d’un autre temps !) qu’a choisie l’agence de presse pour annoncer l’adoption du projet de loi, à savoir des députés, dont les mains levées signalent ou confirment l’appartenance au « nouveau » système algérien.
Ceci étant dit, on ne peut quand on croit sérieusement à l’idéal démocratique, que contester avec vigueur, la violence de l’exclusion des forces « non-consensuelles », qui ne pourraient jamais s’accommoder d’un tel processus s’agissant de l’édictions d’un véritable Etat de droit. Tout dans ce qui se passe au niveau législatif en Algérie ces derniers mois, faits penser à des manoeuvres dont le seul objectif est de recueillir l’assentiment du plus grand nombre pour un nouveau mandat de Tebboune. Voilà donc à nouveau le pays face potentiellement à une problématique dont il n’a pu se sortir que par miracle, pour mettre fin au règne de Bouteflika.
Les parts du gâteau, maintenant redistribués, pourraient donc annoncer que le pire est à venir, dans un contexte international où, bien que des initiatives existent encore en faveur de la démocratie, la tendance générale est à son recul, favorisant ainsi les pratiques autoritaires, les discours conspirationnistes et du même coup, l’écart dans les rapports de domination entre ceux détenteurs du savoir (les GAFAM, en premier lieu) et les autres.
Que faire dans ce contexte ? Ne pas broyer du noir, bien sûr, mais rester extrêmement vigilant. En tant que femme algérienne émigrée, je suis surtout inquiète pour les générations à venir. A quoi peut rêver la jeunesse quand elle est dirigée par un Président de 80 ans, par des hommes partout où l’on regarde dans la sphère médiatique et politique et surtout, par un narratif qui construit un mur entre leur « nous » et notre « eux », avec une identité construite autour de « constantes nationales » menant aux dérives des diseurs de mosquées, des Sansal et autres malades de ce que j’appelle désormais, l’imaginaire Algérie, après avoir fréquenté tous les milieux, avec ou sans intérêts…
Résister donc, comme dirait l’autre. En mémoire de nos ancêtres et de ce que nous en avons compris, avec les moyens du bord… comme les droits humains par exemple, référentiel ô combien utile, ô combien nécessaire, et surtout ô combien solide, face à la montée des extrémismes en tout genre.
Et donc ? Eh bien, c’est important de dire cette chose simple : on ne change pas une Constitution comme on change la lampe d’un lieu à soi, sans permettre à ceux et celles qui le veulent de dire non.
Et en attendant que le droit de manifester pacifiquement soit reconquis en Algérie, espérons que dans la diaspora, la vigilance de ceux et celles qui croient à une autre Algérie, saura permettre de belles et grandes mobilisations…