Notes de lecture : « Clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine » de Mohammed Hachemaoui

« Penser l’Algérie et asseoir la politique sur des bases sérieuses », voilà comment Feu. Mohammed Harbi décrit, dans la préface, la démarche de Mohamed Hachemaoui, professeur des universités et auteur de « Clientélisme 6 et patronage dans l’Algérie contemporaine » (éditions Karthala, 2013), l’ouvrage issu de sa thèse sur les élections législatives de 2002.

La question principale posée dans ce livre est de savoir si l’enjeu autour de la représentation parlementaire se pose en termes de retour à la tradition, ou si il s’agit plutôt du retour d’un jeu politique, dont la fabrique doit être explicitée. La problématique ainsi posée a révélé deux autres questions : Comment opèrent « le langage et les symboles » pour produire des effets politiques observables ? Et pourquoi certaines idéologies (le nationalisme mis en concurrence avec des croyances religieuses et tribales) sont-elles plus efficaces que d’autres ?   (P.25)

Avant d’entrer dans le vif du sujet, précisons que les acteurs de cette enquête sont les réseaux confrériques et tribaux, les partis politiques de l’administration (FLN, RND principalement), la police politique (somme toute assez peu abordée) ainsi que les tycoons, c’est-à-dire les hommes d’affaires liés au pouvoir de près ou de loin. Adoptant la méthodologie de l’ethnographie politique, Mohammed Hachemaoui partage avec le grand public, le résultat de plusieurs années d’enquête menée à Tébessa et à Adrar. 

Pour analyser la fabriqu e du politique, l’auteur a recours à la « cartographie tribale » et au native model (P. 31) distinguant deux collèges, celui des arush majoritaires et celui des arush minoritaires ; les deux servant comme éléments de décryptage de la représentation discursive. Comme référent théorique, Hachemaoui s’intéresse à plusieurs courants de pensée pour essayer de cadrer le rapport entre État et tribu, dominé en réalité, selon l’auteur, par les pratiques politiques quotidiennes visant à la reproduction du statut quo autoritaire. 

Pour ma part, je me suis intéressée à ce livre à l’aune des élections législatives de 2026, dont les résultats sont connus aujourd’hui. N’ayant pas été en mesure de terminer ce travail de synthèse à temps, je le publie quand même aujourd’hui en espérant que cela soit utile. 

I. Tébessa, quelle place pour la tribu ? 

L’idée principale de la première partie du livre est de démontrer comment, à Tébessa, c’est le « lien de solidarité et la société idéale qui prévaut » par rapport notamment à l’influence des tribus « majoritaires », Nmemcha, Brarcha et Alwana.

Pour rappel, la région de Tébessa représente un lieu d’où sont issus de nombreux responsables politiques et militaires de haut rang. Face à l’exercice « démocratique » en contexte autoritaire, l’élection d’un représentant de la région doit prendre en compte selon l’auteur différents paramètres. D’abord, une sorte de répétition de l’histoire puisqu’entre 1865 et 1875, « onze caïds du cercle militaire de Tébessa sont issus de la seule tribu des Nmemsha » (P.55). Par ailleurs, la « lutte armée pour l’indépendance n’échappe pas davantage aux pesanteurs tribales » (P.63). S’ajoute à cela « l’allégeance des groupes au pouvoir central dans le creuset des liens de clientèles » – dès 1962, avec l’Assemblée nationale constituante. 

En 2002, Hachemaoui décrit une nouvelle situation dans cette région avec une « volonté de modernisation » de la façon avec laquelle est fabriqué le politique (P.73), liée probablement au fait que des personnalités comme Ali Benflis (Premier ministre de 2000 à 2003) ont occupé des postes au sommet de l’État. Le poids électoral des arush est également une variable importante à prendre en compte, avec 50000 voix pour les Alwana et 110000 voix pour les Brarsha (les deux principales tribus des Nmemcha) et pour les tribus minoritaires, 63000 pour les Awlad Yahia et 25000 pour les Awlad Abid. Le jeu politique intervient, quant à lui, plutôt vis-à-vis du FLN dans des divisions observées entre le commissariat central et le comité de soutien ; le conflit se situant notamment autour des Brarsha qui ne s’estimaient pas satisfaits dans leurs demandes. 

C’est dans ce contexte que sont finalement élus deux représentants pour les Alwana, deux pour les Brarsha, deux pour les Awled Abid et un pour les Awled Yahia. L’analyse des répertoires performatifs, sur la base de ce qui a été mentionné, démontre que la politique se fabrique à ce moment là, dans le cas de Tébessa, de façon assez peu orthodoxe et sur la base d’un tribalisme sans tribu. 

II. Adrar, quelle place au maraboutisme ? 

À Adrar, où Hachemaoui a mené la deuxième partie de son enquête, c’est plutôt à l’organisation sociale que s’est intéressé l’auteur, dans une région demeurant marginalisée, et où la « réinvention de la tradition maraboutique et makhzenienne » (P.125) est constatée depuis le milieu des années 70. 

Dans ce contexte, c’est entre les shurfas et les mrabtines que se joue avant les élections, la recherche de la baraka ; les premiers bénéficiant de la baraka héritée, les seconds de celle de tempérament. Les deux çoffs qui se rattachent à cette logique sont d’une part les Yahmed, qui représentent les Zénètes et d’autre part, les Suffian, issus du Gourara et de ses tribus arabes. Ils s’imposent comme maîtres des Oasis de l’Adrar à partir du XIIème siècle. S’ajoutent à cela les hrar (roturiers) et les hratin, noirs descendants d’esclaves affranchis par le travail agricole. Enfin, et à l’extérieur de ce système formant une sorte de makhzen se situe, à la périphérie, le bled Es-siba qui constitue le terreau tribal d’Adrar, ces derniers bénéficiant de la « révolution agraire » à partir de 1971 en devenant attributaires terriens. 

Le jeu électoral pose trois questions selon Hachemaoui, la plus importante étant : qui est tête de liste et pourquoi, en considérant que l’objectif du système politique dans cette région est de réguler d’éventuels conflits ou rivalités entre par exemple, les populations du Touat, du Gourara et du Tidikelt.

Pour tenter de répondre à cette question, Hachemaoui compare les parcours de deux candidats. D’une part, Hadj El Guerrout qui est issu de la tribu des shaamba à Ouergla. Son ascension est décrite comme le résultat d’un réseau relationnel créé suite à son passage en tant q u e directeur de la culture de la wilaya d’Adrar (P.129), mais aussi d’un sens développé des affaires (ravitaillement des populations sahariennes et projets dans le « dur ») et d’un hadj qui a permis d’asseoir son influence. 

Hamid Riahou, son concurrent, est quant à lui natif d’Alger et fait valoir sa « médiation clientélaire » (P. 135). Il mène campagne sur la base de ce qui est décrit comme le fait de « distribuer ex-post l’impôt de la représentation », en promettant des projets de construction d’un centre hospitalier ainsi que d’autres investissements.

Ainsi comparés, Hachemaoui constate que Hadj El Guerrout dans son rapport à son électorat potentiel, est « immergée dans une atmosphère culturelle cohérente », quand Riahou est dans des « situations de confusion de langage et de normes. » (P. 137)

L’enjeu réel constaté à posteriori par l’auteur est en réalité « la dispersion des réservoirs électoraux » (p.143) à Adrar, à l’angle du pouvoir et des croyances maraboutiques. Résultat des courses, l’équilibre entre les différentes régions sera priorisé pour ne pas élire des têtes de liste issus de la même région. 

III. Argent et élections 

Dans cette partie, l’auteur se pose la question de savoir comment à Adrar et à Tebessa, l’argent peut acheter les élections. Il note que la corruption financière (pas celle des âmes !) atteint son objectif surtout quand il s’agit du haut de la pyramide, en soulignant néanmoins que ce qui permet l’existence même de la prétention à la représentation est le fait de devenir « client ». Au niveau infra, l’auteur constate que pour 1000 dinars distribué la veille, une liste peut-être favorisée par des électeurs, jeunes notamment, n’ayant pas prévu de voter. 

La violence des rapports de force dans cette configuration résulte ainsi à Tébessa, en l’apparition de clans pour le contrôle du FLN menant à l’exclusion de onze membres en amont des élections. À Adrar, Hachemaoui s’intéresse à ce qu’a fait Abdelaziz Bouteflika et son entourage du maraboutisme, à savoir la recherche (et l’obtention) de la baraka des zaouïas et de ceux qui ont un rapport mystique à la tradition religieuse. Il y ajoutera un programme de compensation financière très important et nécessaire malgré tout. 

Hachemaoui conclut son livre en ces termes : « Sous-estimer l’importance de ses ressorts sociaux et politiques est une grossière erreur d’analyse, tant elle empêche la compréhension des phénomènes de fragmentation communautaire, de prédation et de warlordisme. Or, des affrontements meurtriers qui opposent de façon quasi-cyclique les Shaamba (Arabes et Sunnites) aux Mozabites (Berbères et Ibadites) de la vallée du Mzab, jusqu’aux conflits tribaux et confessionnels qui déchirent la Libye et l’Irak de l’ère « post-autocratique », les exemples où ces dynamiques (autrefois) souterraines interviennent pleinement, ne manquent pas. C’est dire que la chute du régime n’entraîne pas mécaniquement la forclusion des dynamiques électorales. » … De quoi faire réfléchir à l’aune des dernières élections législatives et des prochaines élections locales, fin novembre. 

Yasmine Kacha — Es

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Thématique : Relations internationales

En deux temps :

Première série : Déformation. Luxe. Vide. Nucléaire. Ligne. Multipolaire.

Deuxième série : Secret. Moi. Un. Linge. Masse. Formation.

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Thématique : Droits humains

Mots-clés : Avance. Vent. Crise. Apprendre. Terrorisme. Nous. Veau. Genre.

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Thématique : Démocratie

Mots-clés : Intikhabete. Surface. Paris. Fraude. Elections présidentielles. Branche. France.

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Réflexions en amont du vote sur la proposition de loi relative à la fin de vie en France 

Dans le contexte du vote mardi prochain sur la proposition de loi relative à la fin de vie en France le mardi 30 juin, le sujet de savoir si en France, pays où je vis à présent, l’accès au droit de mourir dans la dignité me paraît être très important pour l’avenir de ce pays (et pour le mien aussi).

Pour rappel, en 2005, la loi Léonetti a encadré le non-acharnement thérapeutique, ce qui a permis aux personnes malades de faire part en amont de leurs souhaits, dans le cas où elles ne seraient plus en capacité de décider de leur plein gré. En 2016, la loi Clayes Leonetti est venue quant à elle renforcer l’assistance à mourir pour les cas en phase terminale par exemple, sans aborder la question de l’euthanasie ou du suicide assisté. 

Pour ma part, en tant que non croyante et parce que je considère que nous ne sommes que responsabilité, le droit de choisir l’heure, le jour et l’année de sa mort, en recourant à un cadre légal clair relève d’un droit humain qui mérite d’être protégé. L’affirmation du « droit de » au lieu d’un « droit à » comme posée par un sénateur en mai dernier, me semble peu pertinente car le droit de mourir suppose justement de sortir d’une approche du droit comme garantie du fonctionnement libéral d’une démocratie. 

À ce stade, le seul véritable argument contre le droit de décider de sa propre mort est lié aux probabilités d’une mort donnée par préméditation pour des raisons autres que celles qui dépendent du seul choix personnel… dans ce cas, le recours à des histoires vraies, au sens de choix commis devraient aider à relever le débat au plus haut niveau intellectuel. 

Ceci étant dit, le rapport de la Convention citoyenne sur la fin de vie publié en 2023 souligne bien l’importance de prendre en compte le modèle sociétal français, tel qu’il est envisagé par les citoyens. Ainsi, page 45, il est écrit : 

« Légaliser l’aide active à mourir remet en question la primauté accordée à la vie. La société, la médecine et l’hôpital ont pour vocation de protéger la vie. Pour nous, laisser la liberté de choix de sa mort à chacun s’oppose à l’idée de fraternité et à la nécessaire aide à autrui. La demande d’aide active à mourir ne correspond pas toujours à la volonté intime du patient : dans ce cas, la question du libre arbitre reste problématique. Il existe un réel danger derrière la revendication absolue de la liberté qui est encadrée par les choix de société. L’accumulation des volontés individuelles avec des projets singuliers ne fait pas société. 

Pourrons-nous encore former un corps social ou serons-nous une mosaïque d’individus vivant côte à côte ? L’aide active à mourir s’inscrit dans un projet de société auquel nous n’adhérons pas. En outre, avec l’aide active à mourir, il pourrait y avoir chez certaines personnes un sentiment accru d’indignité et d’être un poids pour leurs proches ou pour la société. La légalisation de l’aide active à mourir adresse, selon nous, un mauvais signal aux patients et à la société. En mettant fin à la mission unique de l’hôpital, nous risquons de banaliser la question de l’aide active à mourir. Une loi qui autoriserait celle-ci obligera chaque famille et chaque patient à l’envisager. Nous ne sommes pas une société de la toute-puissance : il faut soulager la souffrance au maximum et sans obstination déraisonnable mais sans mettre en œuvre l’aide active à mourir. 

La légalisation de l’aide active à mourir pourrait : • Entraîner une démultiplication des conflits d’intérêt en faisant primer l’économique, • Affecter l’effort de recherche et développement sur la fin de vie et les douleurs réfractaires. Les conséquences psychiques de l’aide active à mourir sur les familles et les soignants peuvent être importantes. La fatalité est parfois plus acceptable qu’un choix. Légaliser l’euthanasie ne résoudrait pas nécessairement les risques d’aggravation des conflits en justice et entrainerait notamment des désaccords au sein des familles ou contre les médecins. Légaliser l’aide active à mourir sans condition rendrait plus compliquées les politiques de lutte contre le suicide. »

Ce chapitre qui me semble être le plus important est à méditer pour les années à venir, quelque soit le résultat du vote de mardi…

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En pensant aux prochaines élections législatives… un poème !

Alors que les élections législatives approchent en Algérie, je partage cette poésie écrite en 2017 pour faire réfléchir…

Ballade à Alger

Rue Didouche Mourad

J’ai vu une jeune femme portant une courte robe et des ballerines

Une autre dont le voile vert parsemé d’étoiles reflétait les tons du ciel

Et puis encore une autre, voilée portant jean et talons aiguilles

J’ai vu un homme, sa longue barbe noire et une djellaba blanche

Un autre avec un jean serré et une petite étiquette rouge sur la poche arrière

Et puis encore un autre, pavanant dans son uniforme militaire à 19 ou 20 ans

Vers la place Audin

J’ai vu le Nous des jeunes s’exprimer plusieurs fois

Sifflant les filles qui passent

J’ai vu le receveur acrobate

S’étirant sur trois mètres pour faire payer les passagers

J’ai vu une femme noire comme moi, puis une autre, puis encore plusieurs autres

J’ai vu l’homo-œconomicus dans un magasin de chocolat

oublier que le prix d’une tablette, c’est presque 3% du salaire minimum

A la Grande poste

J’ai vu un homme accroupi face à terre au milieu d’une place publique

Priant le soleil, le ciel, les oiseaux et sa mère aussi, probablement

J’ai vu quatre hommes et une femme appeler à voter pour le numéro 52 de la liste d’un parti inconnu

Nous rappelant que des élections auraient certainement lieu bientôt

J’ai vu un marchand de livres ranger ses étales

Cherchant désespérément du regard, un potentiel acheteur de dernière minute

J’ai vu un vendeur ambulant

Refusant d’obéir aux ordres d’éradication d’un gouvernement aux solutions superficielles

Son nom ? Mohamed Bouazizi ou Mohcine Fikri 

Je ne sais plus… 

Et dans ses yeux, la Lueur. 

Sur la rue Larbi Ben M ‘hidi

J’ai vu des hommes rire autour d’un café 

Ou étaient-ce des policiers ? 

J’ai vu un commerçant expliquer à un jeune comment obtenir plus de crédit téléphonique

Attirant l’attention de tous les autres enchantés à la perspective de parler plus, même si c’est pour ne rien dire

Au Square Port Saïd

J’ai vu des hommes, beaucoup d’hommes, brandir leurs dinars, leurs dollars, leurs euros en ma direction

Me signifiant qu’aujourd’hui en Algérie, tout a un prix.

J’ai vu les clients du café de l’Indépendance surpris de voir une femme passer leur chemin

Boulevard Che Guevara

Là, devant l’infini méditerranéen,

Je me suis vue

Émue,

J’aurais voulu crier :

À l’Algérie en mouvement

Celle des certitudes

Celle de l’approximatif

À toi algérienne

À toi algérien

Ces mots ne sont rien

Qu’un pansement sur tes silences

M’écoutes-tu?

Ecoute-moi!

Nous nous perdons encore

Mais un jour prochain

Nous nous retrouverons

Nous nous trouverons

Et alors,

alors,

Révolution.

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Enjeux à gauche autour de la prochaine présidentielle

La France vit actuellement un des grands moments de son histoire avec l’arrivée potentielle de l’extrême droite au pouvoir. Pour suivre, il faut avoir en tête que ce n’est pas tant le sentiment de ne plus faire socle commun qui est à remettre en cause, mais bien le fait que la gauche a du mal à convaincre et à rassembler. Je veux dire qu’à voir parler en interview Marine Lepen et Jordan Bardella, il ne fait pas grand doute que parler aux Français n’est pas un art qu’ils maîtrisent au vu du passif historique que ne peuvent ignorer ces derniers. Il est d’ores et déjà possible d’annoncer que les promesses ne pourront être tenues qu’à coup d’érosion démocratique. 

La gauche dans ce contexte pose toujours le même problème : qui sera en mesure de la réunir et en est-elle seulement capable ? Ici, je pense aux femmes qui ont souvent des rôles déterminants et qui peuvent parfois mener à bout portant de très grands combats politiques, quand elles sont au niveau intellectuel qui le permet. Dieu sait que Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Marine Tondelier, Manon Aubry et Clémence Guetté peuvent porter haut l’idée d’un potentiel rassemblement haut en couleurs. Cependant, il ne faut pas oublier qui est en face, à savoir une extrême droite qui a pris pour cible les musulmans, pour cacher sous une couche visqueuse leur haine des algériens et des algériennes, ciblés de manière systémique. 

Dans ce contexte, je m’interroge sur la faisabilité d’une telle union. Rien n’est moins sur pour le moment puisque les campagnes des candidats commencent à peine. Rappelons quand même que le taux d’abstention lors de la dernière présidentielle était autour des 30%. 

C’est donc la mobilisation des citoyens et citoyennes qui nous dira en quoi ils et elles croient ou ne croient pas, en espérant qu’ils se souviennent que le langage des politiques ne peut être que replacé dans son contexte, celui d’un pays en voie de disparition…

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La prise du château de Beaufort : de quoi la politique israélienne est-elle le nom sur cette « avancée » ?

Il y a deux jours, un tournant majeur a eu lieu : l’armée israélienne a repris le château de Beaufort, 26 ans après s’en être retiré. La symbolique de ce lieu devrait en choquer plus d’un. Comme le précise cet article du Monde, cet endroit a été historiquement un lieu portant le souvenir des croisades qui pour rappel ont eu lieu à partir du 11ème siècle. 

Est-ce à dire que nous sommes de retour à un temps que nous pensions révolu et comment comprendre la levée du drapeau israélien après son retrait en 2000 ? Pour ma part, j’y vois un signal alarmant ; celui de l’annonce d’un potentiel changement de paradigme quant à la prise en compte de la question religieuse dans les affaires publiques. De deux choses l’une, soit Israël vient d’annoncer au monde, dans un contexte de tensions avec les Etats-Unis que l’histoire du christianisme ne doit pas être oubliée. Ou alors, l’Occident n’a toujours aucun autre but autre que d’affirmer la supériorité de ses valeurs libérales, que seule porte haut les couleurs de la démocratie. 

Le prix à payer reste donc à déterminer et de vieilles angoisses ne peuvent que ressurgir. De nature paranoïaque, j’ai toujours pensé que la Shoah n’avait rien d’un passé révolu. Par ailleurs, le projet du grand Israël porté par le Premier ministre israélien et sa coalition au pouvoir ne peut que se voir renforcer au vu de la domination militaire et stratégique de ce pays sur la région. Enfin, l’idéal porté par ceux qui font de l’Islam l’autre voie à suivre donne l’impression que la guerre ne peut être que la continuation de la paix par d’autres moyens.   

Ainsi, mieux vaut s’attendre au pire. Retourner dans la caverne quand on pensait en être sortie est la question qui à mon avis, nous est posée. A voir si quelqu’un s’intéresse encore vraiment à y répondre s’agissant des citoyens du monde…

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Billet de blog : visite de Saïd Sayoub à Paris !

Said Sayoud, ministre de l’Interieur algérien devrait arriver dans les heures qui viennent à Paris pour une visite en France, la première du genre. Il est attendu qu’il aborde des sujets qui devraient permettre de resserrer les liens entre la France et l’Algérie, alors que la situation des droits humains dans ce pays demeure particulièrement inquiétante avec notamment l’emprisonnement de Christophe Gleizes, retenu dans une prison dans l’est du pays et condamné sur la base d’un procès inéquitable.

Dernièrement, l’actualité a été marquée en Algérie par un revirement inattendu du ministre des Affaires Étrangères sur la question du Sahara Occidental. Geste certainement suiciDaire pour certains, la question du Sahara Occidental n’aurait jamais du prendre autant de place dans la brouille entre l’Algérie et la France, d’autant plus qu’au vu de la situation actuelle, le Maroc est très en avance sur le plan diplomatique. Les pressions américaines ont donc permis de voir un changement de position plus que salutaire de la part de l’Algérie, même si la réalité demeure plus complexe. Cette nouvelle prise de position devrait permettre de croire au moins, à une possibilité de poser un autre regard sur cette question très sensible.

Autre point qui me paraît important : la tenue des dernières élections municipales en France et les échanges fructueux qui pourraient se faire autour du rôle que doit avoir le Ministère de l’Interieur quand une élection est encadrée de manière démocratique. Aborder ce type de sujets permettrait de réfléchir par delà les questions déjà prévues à l’agenda, notamment celle des obligations de quitter le territoire.

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Bientôt les élections législatives en Algérie !

Avant-hier, le 18 mai ; calendrier particulièrement chargé en Algérie. En effet, outre la visite de Gérald Darmanin, ministre de la Justice venu discuter coopération judiciaire avant la potentielle visite de Said Siyoud à l’invitation de son homologue Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, une autre nouvelle a occupé l’actualité politique algérienne : la fin du délai de récolte des parrainages et le dépôt des dossiers de candidatures pour les prochaines élections législatives qui se dérouleront en pleine été, le 2 juillet.

À ce sujet, Abdoussi, secrétaire national du RCD a justement souligné dans un communiqué publié le 17 mai, le « manque de couverture médiatique ». Effectivement, il me semble que cette élection devrait intéresser les médias et plus largement les citoyens… plus qu’une autre ; d’une part, parce que le parlement est un « haut » lieu de prise de décision politique, surtout après le Hirak. C’est d’ailleurs ce qui explique peut-être pourquoi l’attention s’est tournée vers cette institution à de nombreuses reprises, ces derniers mois. Les textes législatifs étant régulièrement mis en ligne sur le site de l’APN, de nombreux spécialistes ont pu y avoir accès et les commenter, avant leur adoption et leur publication au journal officiel. Autre raison qui rend cette élection particulière : la présence des profils de nombreux députés sur Facebook. Ces deux éléments rendent la couverture de cette élection encore plus essentielle, afin de mieux en comprendre les enjeux.

Un chercheur académique s’est particulièrement intéressé à ce sujet. En effet, Mohammed Hachemaoui a travaillé sur les élections législatives de 2012 en menant une enquête ethnographique cherchant à déterminer l’influence du tribalisme à Tébessa et du maraboutisme à Adrar pour aboutir à la « prévalence, dans les deux sites, du clientélisme politique et de la corruption électorale ; l’hybridation des quatre répertoires présidant à la fabrique du politique. » (p. 22) Depuis, les choses ont changé principalement du fait de la présence de nombreux candidats dits indépendants, à l’Assemblée. Ils sont aujourd’hui 84 sur 407 sièges. 

En tant que citoyenne algérienne, je me suis intéressée ces derniers jours à certains candidats se situant dans l’opposition comme le journaliste Mohamed Iouanoughene, le sociologue Samir Larabi et Smain Lalmas, ancien de la commission de dialogue avec les autorités sur le Hirak. Avant-hier, il a été annoncé que la liste de ASAFU sur laquelle candidatait Samir Larabi n’a pas récolté assez de parrainages, faute de temps. Le RCD a pour sa part publié avant-hier un communiqué où il dénonce des irrégularités de procédures. Une liste a été déposée à Sétif et dans d’autres villes. 

Said Saadi dans une interview la première, au média AlternaTV a parlé de la nécessité d’adopter une « stratégie du modeste » en attendant l’ouverture démocratique. Pas très clair mais on comprend que priorité est accordée aux traces écrites qu’il est en train de laisser grâce à ses mémoires et aux archives du parti qu’il appelle à collecter. Je ne les ai pas encore lus, mais je comprends le besoin de laisser une trace écrite quand on est acteur de l’histoire de l’Algérie ; en cela, les projets et propositions de lois et autres documents officiels écrits ou adoptés par les législateurs depuis 2021 ont un caractère public, qui donne toute son importance au déroulé de l’élection législative. 

Alors que la validation des candidatures par l’ANIE est en cours, la campagne est elle censée commencer début juin (autour du 9) et se terminer fin juin (autour du 27), il n y a que très peu de garanties par rapport à la présence d’observateurs de la société civile, nationale et internationale notamment. Par ailleurs, autre signe d’inquiétude, cette déclaration du Président Abdelmadjid Tebboune qui lors de sa dernière rencontre avec les médias a dit : « fixer un quota pour les élections, ce n’est pas bon pour la femme elle-même ». La loi sur les partis politiques prévoit d’ailleurs de fixer une « proportion représentative de femmes et de jeunes », ces deniers étant priorisés pour ne pas heurter les « valeurs » patriarcales, selon toute vraisemblance. 

Enfin, la configuration actuelle de l’assemblée a de quoi inquiéter, en cas de reconduction ou de renforcement des principaux partis politiques notamment les partis politiques de l’administration, à savoir le FLN (98) et le RND (58). Les partis El Mousstakbel et El Bina ont quant à eux actuellement 48 et 39 sièges. Le MSP qui s’est situé dans l’opposition dispose de 65 sièges. Le consensus ne pouvant se faire dans ce type de configuration qu’autour de sujets qui n’apporteront certainement pas à l’Algérie ce dont elle a le plus besoin, à savoir la réinvention d’un modèle démocratique entre partage des pouvoirs, indépendance de la presse et de la société civile et débat public autour de ce qui nous cimente. 

Pour ma part, la crainte qui m’habite est liée surtout à ce que j’ai pu observer pendant les deux années que j’ai passées en Algérie : quand les Algériens ne sont pas autorisés à parler de politique et à agir en conséquence dans le cadre d’un État de droit, il ne leur reste plus que l’Islam pour sujet, et la mosquée pour pratique. C’est, j’imagine pour ceux qui pensent détenir les clés d’une problématique vieille comme le monde, une façon de faire prévaloir l’unité à la compétence. J’entends ici la compétence de développer des arguments, celle de convaincre en permettant à tous et toutes de s’exprimer, notamment et surtout les voix critiques ou minoritaires….celles qui croient, comme celles qui ne croient pas.  

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