Amendements techniques de la Constitution en Algérie : Encore un signal que le pire est à venir…

Hier 25 mars, les deux chambres du Parlement algérien ont voté en faveur des amendements « techniques » de la Constitution. Le vote s’est fait à main levée, à la majorité des trois-quarts. Pas de référendum donc. L’alliance entre les parlementaires algériens et la présidence de la République vient semble-t-il de connaître un dénouement, pour cette phase du moins. Les amendements vont permettre au président de la République d’asseoir son pouvoir de décision, dans les faits, par une reprise en main du calendrier électoral s’agissant des élections locales et par une main mise sur le sort des magistrats. Le prolongement du mandat du président du Sénat servira également à stabiliser les relations avec la présidence. Pour le reste, notamment sur le rôle de l’instance électorale qui voit son rôle de supervision des élections remis en question au profit d’un renforcement de celui du ministère de l’Intérieur, il est difficile pour l’heure de dire à qui profitera cette reconfiguration. S’agissant des députés, il semble n’avoir « lutté » que contre la nécessité d’un diplôme pour atteindre la fonction de président de la République, retiré du texte final (pas encore accessible).

L’avantage que présente cette nouvelle démonstration de l’exercice du pouvoir est qu’elle est à peu près compréhensible et donc, analysable. En effet, depuis quelques mois, l’actualité sur l’Algérie est dominée par ce que j’ai qualifié dans un précédent papier, d’« hyper-activisme » législatif avec des allers-retours entre les deux chambres et l’exécutif – l’armée algérienne et son rôle sur les liens qui se créent au sein du pouvoir civil, étant comme d’habitude, peu décryptable. Il est donc rafraîchissant d’avoir en tant qu’algériens et algériennes, accès à une information qu’il est possible de vérifier par ailleurs, notamment par la lecture des textes de lois sur les sites de l’APN et du Sénat. Dans ce contexte, la voix officielle du système algérien, à savoir l’APS, demeure la preuve du niveau de contrôle de l’information, dans un pays où sont censurés les médias indépendants, avec le risque permanent d’un séjour en prison pour quiconque chercherait à dévoiler des vérités trop bonnes à dire. Je dis ça après avoir vu l’image (ne parlons pas des textes, dignes d’un autre temps !) qu’a choisie l’agence de presse pour annoncer l’adoption du projet de loi, à savoir des députés, dont les mains levées signalent ou confirment l’appartenance au « nouveau » système algérien. 

Ceci étant dit, on ne peut quand on croit sérieusement à l’idéal démocratique, que contester avec vigueur, la violence de l’exclusion des forces « non-consensuelles », qui ne pourraient jamais s’accommoder d’un tel processus s’agissant de l’édictions d’un véritable Etat de droit. Tout dans ce qui se passe au niveau législatif en Algérie ces derniers mois, faits penser à des manoeuvres dont le seul objectif est de recueillir l’assentiment du plus grand nombre pour un nouveau mandat de Tebboune. Voilà donc à nouveau le pays face potentiellement à une problématique dont il n’a pu se sortir que par miracle, pour mettre fin au règne de Bouteflika. 

Les parts du gâteau, maintenant redistribués, pourraient donc annoncer que le pire est à venir, dans un contexte international où, bien que des initiatives existent encore en faveur de la démocratie, la tendance générale est à son recul, favorisant ainsi les pratiques autoritaires, les discours conspirationnistes et du même coup, l’écart dans les rapports de domination entre ceux détenteurs du savoir (les GAFAM, en premier lieu) et les autres.

Que faire dans ce contexte ? Ne pas broyer du noir, bien sûr, mais rester extrêmement vigilant. En tant que femme algérienne émigrée, je suis surtout inquiète pour les générations à venir. A quoi peut rêver la jeunesse quand elle est dirigée par un Président de 80 ans, par des hommes partout où l’on regarde dans la sphère médiatique et politique et surtout, par un narratif qui construit un mur entre leur « nous » et notre « eux », avec une identité construite autour de « constantes nationales » menant aux dérives des diseurs de mosquées, des Sansal et autres malades de ce que j’appelle désormais, l’imaginaire Algérie, après avoir fréquenté tous les milieux, avec ou sans intérêts…

Résister donc, comme dirait l’autre. En mémoire de nos ancêtres et de ce que nous en avons compris, avec les moyens du bord… comme les droits humains par exemple, référentiel ô combien utile, ô combien nécessaire, et surtout ô combien solide, face à la montée des extrémismes en tout genre. 

Et donc ? Eh bien, c’est important de dire cette chose simple : on ne change pas une Constitution comme on change la lampe d’un lieu à soi, sans permettre à ceux et celles qui le veulent de dire non.

Et en attendant que le droit de manifester pacifiquement soit reconquis en Algérie, espérons que dans la diaspora, la vigilance de ceux et celles qui croient à une autre Algérie, saura permettre de belles et grandes mobilisations…

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