Mon point de vue sur la situation au Mali !

Depuis l’attaque du 25 avril contre la junte militaire malienne, les événements semblent indiquer qu’une nouvelle page est en train de s’écrire pour ce pays, dans un contexte récurrent d’instabilité et d’insécurité, depuis plusieurs années. 

Dans ce papier, j’essaierai de défendre un point de vue, déjà partagé ; à savoir que l’interventionnisme quel qu’il soit, a toujours des conséquences graves. Rappeler ce constat somme tout assez simple, me paraissait important. 

En 2012, je m’opposais non seulement à l’intervention française au Mali, mais également à l’aide de l’Algérie pour permettre cette opération. Mon inquiétude se résumait au fait que j’étais sûre que seul le peuple paierait de son sang, un choix pareil. 

Depuis, beaucoup de choses ont changé. La notion de territoire a du être ré-imaginée au Mali en terme de conquêtes, imposées par différentes parties prenantes aux intérêts divergents. L’intervention de la France quant à elle, n’a pu atteindre les objectifs publics fixés par les dirigeants politiques de l’époque, à part pour le recul de la présence des jihadistes.

Pour ce qui est de l’Algérie, c’est pour satisfaire la gauche française au pouvoir et pour prolonger la main mise de Bouteflika sur le pays, malgré son fameux « Tab djnani » à Sétif, que la demande d’ouverture de l’espace aérien a été satisfaite. Alger pensait peut-être à ce moment là qu’il valait mieux avoir un rôle dans cette histoire que pas de rôle du tout, sans prendre en compte, ni les sensibilités russes sur le sujet, ni le point de vue des organisations politiques touaregs, notamment l’ex-Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), devenu depuis Front de libération de l’Azawad (FLA). 

Aujourd’hui, à voir d’une part, le soutien de l’Africa Corps, qui dirige l’intervention des troupes russes de Wagner au Mali, en soutien à la junte militaire au pouvoir depuis 2021 et d’autre part, le revirement opéré depuis le milieu des années 2010 par le mouvement indépendantiste touareg, au profit d’Al-Qaida, il semble que l’absence de constantes quant à la position de l’Algérie sur le Mali, malgré les accords d’Alger de 2015, soit un retour de bâton, violent, car marginalisant toujours plus ceux et celles qui seraient en mesure de servir de forces de médiation. 

À contre sens de cela, l’initiative d’Alger quant à l’accueil de l’Imam Mahmoud Dicko, originaire de la région de Tombouctou, et qui tient à continuer à faire valoir sa capacité de médiation et de mobilisation au Mali, pose problème. En effet, réfugié en Algérie depuis décembre 2024, Mahmoud Dicko est probablement une preuve de plus des raisons de la déception touareg par rapport à la gestion du dossier malien par Alger, au vu de ce qui peut-être perçu comme un geste opportuniste et une nouvelle manoeuvre de Tebboune et des « responsables » de la « nouvelle Algérie ». Celle-ci consisterait à mettre en valeur la voix d’un conservateur modéré, renforçant certains groupes ou réseaux proches du président de la République alors qu’ils sont moins à même de s’appuyer sur le soutien des réseaux maraboutiques par exemple, à l’aune d’échéances électorales importantes. 

Ce qui se joue au Mali actuellement est donc avant tout, une injonction opérée par les touaregs, à travers une alliance pourtant plus ou moins inattendue entre le FLA et le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), à retourner à l’essentiel, à savoir que la capacité de se déployer sur un territoire est un indicateur de la puissance de l’intérêt des combattants touaregs pour ce même territoire. C’est aussi bien évidemment, un rappel quant aux valeurs des hommes et des femmes du ténéré, habités par une vieille histoire que les frontières ne peuvent pas comprendre, faute de reconnaissance de l’impact négatif de ceux qui préfèrent en premier, les solutions intérimaires, sur plus de dix ans, à la recherche de ce qui peut protéger « notre » fragmentation sur le long terme.

Concrètement, il est peu probable que les prises de position actuelles sur le terrain puissent se maintenir longtemps. Ce que cela nous dit, pour en revenir au sujet principal, c’est que dans un contexte géopolitique extrêmement tendu depuis plusieurs années, l’interventionnisme ne produit comme résultat que la rupture des canaux de communication nécessaires pour éviter les morts, l’ignorance et la violence sous toutes ses formes. En cela, les revendications d’indépendance, d’autonomie et de liberté sont d’autant plus compréhensibles. 

Dommage cependant, que cette revendication soit concurrencée par une autre, celle de la radicalité religieuse, reflétant ainsi une réaction au sentiment d’abandon de la communauté internationale, autant que peuvent le ressentir d’autres peuples militants pour leur indépendance, face à l’affaiblissement tragique du droit international. 

J’ose encore imaginer pourtant, en écoutant la musique de Tinariwen, que le droit à la liberté, que nous sommes nombreux à vouloir redéfinir, redeviendra notre priorité bientôt, car c’est en puisant dans notre humanité que l’on trouvera les ressources nécessaires pour poursuivre nos révolutions sincères.

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