Bientôt les élections législatives en Algérie !

Avant-hier, le 18 mai ; calendrier particulièrement chargé en Algérie. En effet, outre la visite de Gérald Darmanin, ministre de la Justice venu discuter coopération judiciaire avant la potentielle visite de Said Siyoud à l’invitation de son homologue Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, une autre nouvelle a occupé l’actualité politique algérienne : la fin du délai de récolte des parrainages et le dépôt des dossiers de candidatures pour les prochaines élections législatives qui se dérouleront en pleine été, le 2 juillet.

À ce sujet, Abdoussi, secrétaire national du RCD a justement souligné dans un communiqué publié le 17 mai, le « manque de couverture médiatique ». Effectivement, il me semble que cette élection devrait intéresser les médias et plus largement les citoyens… plus qu’une autre ; d’une part, parce que le parlement est un « haut » lieu de prise de décision politique, surtout après le Hirak. C’est d’ailleurs ce qui explique peut-être pourquoi l’attention s’est tournée vers cette institution à de nombreuses reprises, ces derniers mois. Les textes législatifs étant régulièrement mis en ligne sur le site de l’APN, de nombreux spécialistes ont pu y avoir accès et les commenter, avant leur adoption et leur publication au journal officiel. Autre raison qui rend cette élection particulière : la présence des profils de nombreux députés sur Facebook. Ces deux éléments rendent la couverture de cette élection encore plus essentielle, afin de mieux en comprendre les enjeux.

Un chercheur académique s’est particulièrement intéressé à ce sujet. En effet, Mohammed Hachemaoui a travaillé sur les élections législatives de 2012 en menant une enquête ethnographique cherchant à déterminer l’influence du tribalisme à Tébessa et du maraboutisme à Adrar pour aboutir à la « prévalence, dans les deux sites, du clientélisme politique et de la corruption électorale ; l’hybridation des quatre répertoires présidant à la fabrique du politique. » (p. 22) Depuis, les choses ont changé principalement du fait de la présence de nombreux candidats dits indépendants, à l’Assemblée. Ils sont aujourd’hui 84 sur 407 sièges. 

En tant que citoyenne algérienne, je me suis intéressée ces derniers jours à certains candidats se situant dans l’opposition comme le journaliste Mohamed Iouanoughene, le sociologue Samir Larabi et Smain Lalmas, ancien de la commission de dialogue avec les autorités sur le Hirak. Avant-hier, il a été annoncé que la liste de ASAFU sur laquelle candidatait Samir Larabi n’a pas récolté assez de parrainages, faute de temps. Le RCD a pour sa part publié avant-hier un communiqué où il dénonce des irrégularités de procédures. Une liste a été déposée à Sétif et dans d’autres villes. 

Said Saadi dans une interview la première, au média AlternaTV a parlé de la nécessité d’adopter une « stratégie du modeste » en attendant l’ouverture démocratique. Pas très clair mais on comprend que priorité est accordée aux traces écrites qu’il est en train de laisser grâce à ses mémoires et aux archives du parti qu’il appelle à collecter. Je ne les ai pas encore lus, mais je comprends le besoin de laisser une trace écrite quand on est acteur de l’histoire de l’Algérie ; en cela, les projets et propositions de lois et autres documents officiels écrits ou adoptés par les législateurs depuis 2021 ont un caractère public, qui donne toute son importance au déroulé de l’élection législative. 

Alors que la validation des candidatures par l’ANIE est en cours, la campagne est elle censée commencer début juin (autour du 9) et se terminer fin juin (autour du 27), il n y a que très peu de garanties par rapport à la présence d’observateurs de la société civile, nationale et internationale notamment. Par ailleurs, autre signe d’inquiétude, cette déclaration du Président Abdelmadjid Tebboune qui lors de sa dernière rencontre avec les médias a dit : « fixer un quota pour les élections, ce n’est pas bon pour la femme elle-même ». La loi sur les partis politiques prévoit d’ailleurs de fixer une « proportion représentative de femmes et de jeunes », ces deniers étant priorisés pour ne pas heurter les « valeurs » patriarcales, selon toute vraisemblance. 

Enfin, la configuration actuelle de l’assemblée a de quoi inquiéter, en cas de reconduction ou de renforcement des principaux partis politiques notamment les partis politiques de l’administration, à savoir le FLN (98) et le RND (58). Les partis El Mousstakbel et El Bina ont quant à eux actuellement 48 et 39 sièges. Le MSP qui s’est situé dans l’opposition dispose de 65 sièges. Le consensus ne pouvant se faire dans ce type de configuration qu’autour de sujets qui n’apporteront certainement pas à l’Algérie ce dont elle a le plus besoin, à savoir la réinvention d’un modèle démocratique entre partage des pouvoirs, indépendance de la presse et de la société civile et débat public autour de ce qui nous cimente. 

Pour ma part, la crainte qui m’habite est liée surtout à ce que j’ai pu observer pendant les deux années que j’ai passées en Algérie : quand les Algériens ne sont pas autorisés à parler de politique et à agir en conséquence dans le cadre d’un État de droit, il ne leur reste plus que l’Islam pour sujet, et la mosquée pour pratique. C’est, j’imagine pour ceux qui pensent détenir les clés d’une problématique vieille comme le monde, une façon de faire prévaloir l’unité à la compétence. J’entends ici la compétence de développer des arguments, celle de convaincre en permettant à tous et toutes de s’exprimer, notamment et surtout les voix critiques ou minoritaires….celles qui croient, comme celles qui ne croient pas.  

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