Dans le contexte du vote mardi prochain sur la proposition de loi relative à la fin de vie en France le mardi 30 juin, le sujet de savoir si en France, pays où je vis à présent, l’accès au droit de mourir dans la dignité me paraît être très important pour l’avenir de ce pays (et pour le mien aussi).
Pour rappel, en 2005, la loi Léonetti a encadré le non-acharnement thérapeutique, ce qui a permis aux personnes malades de faire part en amont de leurs souhaits, dans le cas où elles ne seraient plus en capacité de décider de leur plein gré. En 2016, la loi Clayes Leonetti est venue quant à elle renforcer l’assistance à mourir pour les cas en phase terminale par exemple, sans aborder la question de l’euthanasie ou du suicide assisté.
Pour ma part, en tant que non croyante et parce que je considère que nous ne sommes que responsabilité, le droit de choisir l’heure, le jour et l’année de sa mort, en recourant à un cadre légal clair relève d’un droit humain qui mérite d’être protégé. L’affirmation du « droit de » au lieu d’un « droit à » comme posée par un sénateur en mai dernier, me semble peu pertinente car le droit de mourir suppose justement de sortir d’une approche du droit comme garantie du fonctionnement libéral d’une démocratie.
À ce stade, le seul véritable argument contre le droit de décider de sa propre mort est lié aux probabilités d’une mort donnée par préméditation pour des raisons autres que celles qui dépendent du seul choix personnel… dans ce cas, le recours à des histoires vraies, au sens de choix commis devraient aider à relever le débat au plus haut niveau intellectuel.
Ceci étant dit, le rapport de la Convention citoyenne sur la fin de vie publié en 2023 souligne bien l’importance de prendre en compte le modèle sociétal français, tel qu’il est envisagé par les citoyens. Ainsi, page 45, il est écrit :
« Légaliser l’aide active à mourir remet en question la primauté accordée à la vie. La société, la médecine et l’hôpital ont pour vocation de protéger la vie. Pour nous, laisser la liberté de choix de sa mort à chacun s’oppose à l’idée de fraternité et à la nécessaire aide à autrui. La demande d’aide active à mourir ne correspond pas toujours à la volonté intime du patient : dans ce cas, la question du libre arbitre reste problématique. Il existe un réel danger derrière la revendication absolue de la liberté qui est encadrée par les choix de société. L’accumulation des volontés individuelles avec des projets singuliers ne fait pas société.
Pourrons-nous encore former un corps social ou serons-nous une mosaïque d’individus vivant côte à côte ? L’aide active à mourir s’inscrit dans un projet de société auquel nous n’adhérons pas. En outre, avec l’aide active à mourir, il pourrait y avoir chez certaines personnes un sentiment accru d’indignité et d’être un poids pour leurs proches ou pour la société. La légalisation de l’aide active à mourir adresse, selon nous, un mauvais signal aux patients et à la société. En mettant fin à la mission unique de l’hôpital, nous risquons de banaliser la question de l’aide active à mourir. Une loi qui autoriserait celle-ci obligera chaque famille et chaque patient à l’envisager. Nous ne sommes pas une société de la toute-puissance : il faut soulager la souffrance au maximum et sans obstination déraisonnable mais sans mettre en œuvre l’aide active à mourir.
La légalisation de l’aide active à mourir pourrait : • Entraîner une démultiplication des conflits d’intérêt en faisant primer l’économique, • Affecter l’effort de recherche et développement sur la fin de vie et les douleurs réfractaires. Les conséquences psychiques de l’aide active à mourir sur les familles et les soignants peuvent être importantes. La fatalité est parfois plus acceptable qu’un choix. Légaliser l’euthanasie ne résoudrait pas nécessairement les risques d’aggravation des conflits en justice et entrainerait notamment des désaccords au sein des familles ou contre les médecins. Légaliser l’aide active à mourir sans condition rendrait plus compliquées les politiques de lutte contre le suicide. »
Ce chapitre qui me semble être le plus important est à méditer pour les années à venir, quelque soit le résultat du vote de mardi…
