Alors que les élections législatives approchent en Algérie, je partage cette poésie écrite en 2017 pour faire réfléchir…
Ballade à Alger
Rue Didouche Mourad
J’ai vu une jeune femme portant une courte robe et des ballerines
Une autre dont le voile vert parsemé d’étoiles reflétait les tons du ciel
Et puis encore une autre, voilée portant jean et talons aiguilles
J’ai vu un homme, sa longue barbe noire et une djellaba blanche
Un autre avec un jean serré et une petite étiquette rouge sur la poche arrière
Et puis encore un autre, pavanant dans son uniforme militaire à 19 ou 20 ans
Vers la place Audin
J’ai vu le Nous des jeunes s’exprimer plusieurs fois
Sifflant les filles qui passent
J’ai vu le receveur acrobate
S’étirant sur trois mètres pour faire payer les passagers
J’ai vu une femme noire comme moi, puis une autre, puis encore plusieurs autres
J’ai vu l’homo-œconomicus dans un magasin de chocolat
oublier que le prix d’une tablette, c’est presque 3% du salaire minimum
A la Grande poste
J’ai vu un homme accroupi face à terre au milieu d’une place publique
Priant le soleil, le ciel, les oiseaux et sa mère aussi, probablement
J’ai vu quatre hommes et une femme appeler à voter pour le numéro 52 de la liste d’un parti inconnu
Nous rappelant que des élections auraient certainement lieu bientôt
J’ai vu un marchand de livres ranger ses étales
Cherchant désespérément du regard, un potentiel acheteur de dernière minute
J’ai vu un vendeur ambulant
Refusant d’obéir aux ordres d’éradication d’un gouvernement aux solutions superficielles
Son nom ? Mohamed Bouazizi ou Mohcine Fikri
Je ne sais plus…
Et dans ses yeux, la Lueur.
Sur la rue Larbi Ben M ‘hidi
J’ai vu des hommes rire autour d’un café
Ou étaient-ce des policiers ?
J’ai vu un commerçant expliquer à un jeune comment obtenir plus de crédit téléphonique
Attirant l’attention de tous les autres enchantés à la perspective de parler plus, même si c’est pour ne rien dire
Au Square Port Saïd
J’ai vu des hommes, beaucoup d’hommes, brandir leurs dinars, leurs dollars, leurs euros en ma direction
Me signifiant qu’aujourd’hui en Algérie, tout a un prix.
J’ai vu les clients du café de l’Indépendance surpris de voir une femme passer leur chemin
Boulevard Che Guevara
Là, devant l’infini méditerranéen,
Je me suis vue
Émue,
J’aurais voulu crier :
À l’Algérie en mouvement
Celle des certitudes
Celle de l’approximatif
À toi algérienne
À toi algérien
Ces mots ne sont rien
Qu’un pansement sur tes silences
M’écoutes-tu?
Ecoute-moi!
Nous nous perdons encore
Mais un jour prochain
Nous nous retrouverons
Nous nous trouverons
Et alors,
alors,
Révolution.
