Depuis quelques semaines en France, la rentrée est agitée par un mouvement de protestation lancé à partir d’un lycée de Créteil en Île-de-France, le 21 septembre, selon toute vraisemblance (France 24 parle ici du 17 septembre). Les revendications des lycéens concernent principalement le nouveau système d’orientation appelé Parcours sup, qui cherche à renforcer la spécialisation des connaissances et des formations. Ce mouvement se veut aussi être une critique de ce dont doit souffrir tout le personnel des établissements scolaires, à savoir la disponibilité des enseignants et la gestion du temps scolaire. La vétusté des bâtiments est également une des raisons de ces mobilisations.
Le mouvement se donne jusqu’au 17 octobre, date du début des vacances de la Toussaint pour faire aboutir ces revendications. Le blocage des lycées est leur moyen d’action principal, bien que cela les oblige à s’appuyer sur des représentants de la société civile pour tenter d’organiser la résistance face aux forces de l’ordre. Aujourd’hui, le parquet a annoncé environ 5000 interpellations, dont 1793 gardes à vue. Quant au nombre de lycées bloqués, il y en aurait au moins 400 sur une totalité d’environ 3700.
Pour ma part, une image m’a particulièrement interloquée : celle d’une dame d’un certain âge qui a menacé des jeunes d’une arme à Caen, en donnant l’impression qu’elle était prête à leur tirer dessus à bout portant, à partir de son balcon. L’arme s’est avérée factice mais la force de cette image dit pour moi l’expression d’une violence nouvelle en France. Dans ce contexte, penser à ce qui est arrivé par exemple aux États-Unis il y a déjà bien longtemps, et qui a été rapporté dans le film « Elephant » de Gus Van Sant pour atteindre une audience internationale, est peut-être exagéré. Mais puisque les armes non létales deviennent des moyens de gestion du maintien de l’ordre – considéré par des organisations comme Amnesty International comme étant un usage disproportionné de la force, il est important de considérer que ce genre d’images peut en inciter plus d’un (je parle des citoyens et citoyennes ordinaires) à agir de la même façon. Là aussi, la perception d’une loi comme la loi RIPOST (Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens) peut encourager une évolution dans le rapport à la violence puisque, pour résumer ce qu’en ont retenu beaucoup (dans un contexte préélectoral, où les deux partis les plus influents émanent des «extrêmes »), c’est par le bâton que va être géré l’espace public, quand les autorités, elles, défendent un texte qui se veut à la hauteur des enjeux de sécurité actuels. C’est pourquoi, envisager une augmentation exponentielle de la haine à l’encontre des « fauteurs » de troubles devrait, je crois, être une source de crainte pour l’avenir.
Par rapport aux revendications et de ce que j’ai pu en comprendre, il semble que ces manifestations soient une façon de dire ce qui ne va pas, huit ans après la mise en place d’une réforme majeure, celle de Parcoursup, en 2018. De ce fait, les élèves, un peu d’ailleurs comme dans le système américain, sont amenés à faire leur choix bien en amont de la rentrée universitaire, à partir du mois de décembre de l’année précédant leurs examens de baccalauréat. Ils sont, soit en filière « Baccalauréats général et technologiques » ou alors en « baccalauréat professionnel » et ils doivent s’assurer de choisir les bonnes combinaisons de spécialités afin d’être acceptés par les établissements de l’enseignement supérieur. On peut donc imaginer que face à ce choix compliqué et déterminant, un environnement stable et encourageant devient une des conditions essentielles de l’apprentissage. C’est ce que soulignent des sociologues comme Fabien Truong, qui interviewé sur France Culture, a rappelé que ce qui était attendu par les lycéens était que soit adressé entre autres, l’anxiété de s’autodéterminer. Pour se faire, il doit bien exister des solutions tant au niveau national qu’international, afin de répondre aux exigences liées par exemple aux volumes horaires, aux contenus des enseignements et à la vétusté des lieux abritant les établissements …etc. La prise en compte d’une situation économique encore très impactée par le Covid-19 me semble aussi très importante, dans un contexte géopolitique tendu, marqué par de nombreuses crises.
À la veille d’une nouvelle journée de mobilisation demain, à laquelle appellent de leur voeux la Confédération de la CGT ainsi qu’une large intersyndicale de l’Éducation nationale, espérons que ceux et celles qui souhaitent dire en manifestant, à quel point l’avenir est sérieux… sauront se faire entendre sans être punis démesurément. D’autant plus que leurs revendications relèvent plutôt de préoccupations évidentes.
